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Allégations environnementales : un enjeu de gouvernance pour les marques

Les nouvelles règles européennes ne conduisent pas seulement les marques à revoir certaines formulations. Elles les obligent à interroger la manière dont leurs promesses environnementales sont conçues, évaluées, validées et diffusées. Car une information peut être exacte tout en donnant au consommateur une impression trompeuse.

13 septembre 2026Lecture · 7 minAnalyse LoometicLMT-DEC-002

Une information vraie ne suffit pas toujours

L’encadrement des allégations environnementales est parfois présenté comme une simple question de preuve : l’entreprise doit pouvoir démontrer que ce qu’elle affirme est vrai.

Cette lecture est nécessaire, mais insuffisante.

Une allégation peut reposer sur une information factuellement exacte et néanmoins exagérer la portée environnementale réelle de l’élément mis en avant. Elle peut concerner une caractéristique secondaire du produit, une seule étape de son cycle de vie ou une partie limitée de sa composition, tout en donnant l’impression d’une performance environnementale globale.

Deux questions indissociables

« L’information est-elle vraie ? » Mais aussi : « Le bénéfice environnemental est-il réel et significatif, et sa présentation reste-t-elle proportionnée à ce qui peut objectivement être établi ? »

Les orientations européennes relatives aux pratiques commerciales déloyales rappellent qu’un aspect positif ne doit pas être mis en avant de manière excessive lorsqu’il est marginal ou lorsqu’il masque d’autres incidences importantes du produit.

La directive EmpCo renforce cette logique. Elle interdit notamment certaines allégations environnementales génériques lorsque l’excellente performance environnementale suggérée ne peut pas être démontrée.

L’enjeu porte donc autant sur la véracité de l’information que sur l’impression globale produite auprès du consommateur.

De la formulation à la maîtrise de la promesse

Pour les marques, la première conséquence de cette évolution concerne la manière même dont sont élaborées les communications relatives aux produits, aux services et à l’entreprise.

Une allégation environnementale ne peut plus être considérée comme une simple formulation marketing, validée au terme du processus de création publicitaire.

Elle constitue la partie visible d’un ensemble plus large : caractéristiques du produit, choix de matières, procédés de fabrication, informations fournisseurs, données environnementales, certifications, périmètres évalués et décisions prises par l’entreprise.

Sa création engage potentiellement plusieurs fonctions :

  • Produit et R&D ;
  • achats et chaîne d’approvisionnement ;
  • développement durable ;
  • qualité et certification ;
  • juridique et conformité ;
  • marketing et communication ;
  • direction de l’entreprise.

La communication doit donc être élaborée de manière à ce que chaque allégation résulte d’un processus maîtrisé de création, de validation et de diffusion.

Ce processus ne peut pas reposer uniquement sur une lecture formelle du cadre réglementaire. Il doit permettre à l’entreprise de garantir la véracité des informations communiquées, d’apprécier la portée réelle des bénéfices évoqués et de ne pas créer une promesse qu’elle ne serait pas en mesure de tenir.

Point de vigilance

Une marque ne doit pas seulement pouvoir prouver ce qu’elle affirme. Elle doit aussi s’assurer que sa communication ne promet pas davantage que ce que la réalité environnementale du produit permet de conclure.

Le label ne supprime pas la question de l’allégation

Les labels et certifications peuvent constituer des sources importantes d’information et de preuve. Ils permettent d’établir la conformité d’un produit, d’une organisation ou d’un processus à des critères déterminés.

Mais conformité à un référentiel et performance environnementale globale ne sont pas équivalentes.

Une certification permet de répondre à une question précise : le produit ou l’entreprise respecte-t-il les exigences comprises dans le périmètre du référentiel ? Elle ne répond pas nécessairement à une autre question : quelle est la performance environnementale globale du produit et quelle importance réelle doit être accordée au bénéfice certifié ?

Le fait qu’un produit soit certifié ne rend donc pas automatiquement conforme toute communication construite à partir de cette certification.

La marque doit encore examiner ce qui est réellement certifié, le périmètre couvert et ce que le consommateur peut raisonnablement comprendre lorsqu’il voit le label ou l’allégation associée.

Cette vigilance concerne également les détenteurs de standards.

Lorsqu’un détenteur définit, impose ou autorise des allégations destinées à être utilisées sur les produits ou dans la communication des entreprises certifiées, il devrait soumettre ces messages à une exigence comparable à celle attendue d’une entreprise formulant sa propre allégation.

Il ne s’agit pas seulement de vérifier leur conformité aux règles du référentiel. Il convient aussi d’interroger la réalité et le caractère significatif du bénéfice évoqué, la portée de la preuve et la proportion entre ce qui est démontré et ce que le label fait comprendre au consommateur.

Certification et promesse

La certification vérifie la conformité à un référentiel ; elle ne dispense pas de vérifier la pertinence de la promesse environnementale portée par le label.

Le cas Higg MSI : quand la donnée ne suffit pas

Cas documenté · Norvège · 2022

L’intervention de l’Autorité norvégienne de protection des consommateurs concernant l’utilisation du Higg Materials Sustainability Index en 2022 constitue une illustration importante.

Le Higg MSI avait été conçu pour comparer les incidences environnementales de différentes matières et éclairer les décisions des professionnels. Des résultats issus de cet outil ont ensuite été utilisés pour construire des communications environnementales destinées aux consommateurs sur des vêtements commercialisés.

L’autorité norvégienne a considéré que la communication de Norrøna fondée sur les données du Higg MSI était susceptible d’être trompeuse. Elle a également averti H&M qu’une utilisation comparable pourrait contrevenir aux règles applicables aux pratiques commerciales.

À la suite de cette intervention, la Sustainable Apparel Coalition — devenue Cascale — a suspendu son programme mondial de transparence destiné aux consommateurs, retiré temporairement les sceaux et fiches de scores concernés et engagé une évaluation indépendante des données et de la méthodologie du Higg MSI.

Le cas ne signifie pas que l’outil était dépourvu de toute utilité.

Il montre qu’une donnée pertinente pour orienter des décisions techniques ou comparer des matières ne peut pas nécessairement être transformée directement en allégation portant sur la performance environnementale d’un produit fini.

Entre la donnée et la communication, il faut encore examiner le périmètre, les limites de la méthode et l’impression produite.

L’affichage environnemental change le cadre d’appréciation

L’affichage du coût environnemental des vêtements déployé en France depuis octobre 2025 introduit une autre logique.

Une certification établit une conformité à des critères définis. L’affichage environnemental cherche à modéliser les incidences d’une référence textile tout au long de son cycle de vie.

La méthodologie française s’appuie sur l’approche européenne Product Environmental Footprint et prend en compte plusieurs catégories d’impact. Elle intègre également des compléments relatifs notamment à la durabilité des vêtements, aux émissions de microfibres et à l’exportation des vêtements usagés hors d’Europe.

Les deux dispositifs ne sont donc ni identiques ni interchangeables.

Un produit peut respecter les exigences d’un standard et présenter malgré tout un coût environnemental global relativement élevé. Inversement, l’affichage environnemental ne couvre pas nécessairement toutes les dimensions qualitatives, sociales ou organisationnelles prises en compte par certains référentiels.

Cette coexistence oblige les marques à mieux comprendre ce que chaque outil mesure et ce qu’il permet réellement d’affirmer. Elle pourrait également rendre plus visibles les écarts entre la valeur environnementale suggérée par un label et la performance globale calculée du produit.

Le développement de tels dispositifs devrait donc renforcer l’attention portée :

  • au périmètre des référentiels ;
  • à l’efficacité environnementale réelle de leurs critères ;
  • à la signification des labels pour le consommateur ;
  • à la cohérence entre les différentes informations présentées sur un même produit.

Une question de gouvernance

Les allégations environnementales ne relèvent plus seulement de la rédaction publicitaire ou de la validation juridique d’un message.

Elles interrogent la capacité de l’entreprise à relier ce qu’elle communique à ce qu’elle connaît et maîtrise réellement.

Cette cohérence doit être maintenue alors que les produits évoluent, que les fournisseurs changent, que les certificats sont renouvelés, que les données environnementales progressent et que les exigences réglementaires se renforcent.

Une allégation exacte au moment de sa création peut devenir inadaptée si les informations sur lesquelles elle repose ne sont pas actualisées ou si son contexte de présentation change.

La gouvernance de la promesse environnementale consiste donc à maintenir une relation cohérente entre :

  • la réalité du produit ou de l’organisation ;
  • le bénéfice environnemental effectivement évalué ;
  • les données et les preuves disponibles ;
  • le périmètre de l’allégation ;
  • la perception susceptible d’être créée auprès du consommateur.
Boucle de cohérence de l’allégation environnementale

Une représentation synthétique des dimensions à maintenir en cohérence, sans préjuger des modalités propres à chaque organisation.

Les modalités précises de cette gouvernance dépendront de l’organisation, de ses produits, de sa chaîne de valeur et de la nature de ses communications.

Mais son principe devient incontournable :

Principe

Qu’elle soit créée par une marque ou encadrée par un standard, une allégation environnementale doit être évaluée au regard de sa véracité, de sa portée réelle et de l’impression qu’elle produit.

À retenir

EmpCo ne transforme pas seulement les mots que les marques peuvent utiliser. Elle renforce l’exigence de cohérence entre leurs communications et la réalité environnementale qu’elles prétendent représenter.

Une preuve exacte, un certificat valide ou une donnée reconnue ne suffisent pas nécessairement à garantir qu’une allégation ne sera pas trompeuse.

Pour les marques comme pour les détenteurs de standards, l’enjeu consiste désormais à examiner simultanément :

  • ce qui est vérifié ;
  • ce qui est réellement amélioré ;
  • l’importance de cette amélioration ;
  • ce qui est communiqué ;
  • ce que le consommateur peut en comprendre.

L’enjeu n’est donc pas de communiquer davantage, mais de construire des promesses environnementales que l’entreprise peut objectivement justifier, proportionner et assumer.